BP et Shell renoncent aux énergies renouvelables - ISEADD BP et Shell renoncent aux énergies renouvelables - ISEADD

Ainsi donc, deux des cinq majors du pétrole, BP et Shell, qui avaient cru trouver dans le secteur des énergies renouvelables un marché fructueux, décident d’en sortir, non sans avoir perdu des milliards dans l’aventure, et il faut s’attendre à ce qu’elles soient imitées un jour ou l’autre par la française Total : trois compagnies européennes, il est utile de le rappeler, et nous y reviendrons.

Tout ce qu’elles y auront gagné, c’est une bonne image, « verdie », si l’on peut dire, auprès de l’opinion publique européenne travaillée par les grands courants idéologiques de notre époque. Non qu’il se fut agi de green-washing, cette pratique hypocrite bien connue des consommateurs, car on ne saurait douter de leur sincérité. A la fin des années 90, BP proposait même que l’on remplaçât la signification de son sigle, British Petroleum, par Beyond Petroleum, au-delà du pétrole, et faisait alors apparaitre le soleil, symbole glorieux entre tous parmi les énergies renouvelables. C’est dire à quel point sa décision de se retirer de cette course rebat les cartes, car le « verdissement » reposait sur l’idée, on n’ose dire « l’espoir », puisque c’était une certitude, que les énergies renouvelables seraient rapidement moins chères et intrinsèquement plus compétitives que les énergies fossiles.

Directives européennes et réalité économique : le choc des certitudes

Le problème est que les certitudes idéologiques doivent coïncider avec les certitudes scientifiques, ou techniques, si l’on préfère, mais c’est précisément la marque des premières que de vouloir s’affranchir des secondes. En 2009, une directive européenne contraignit ces compagnies à produire des énergies renouvelables, puis à nouveau en 2018, presque une décennie plus tard, puis encore en 2023, cinq ans après : ce resserrement des délais traduit bien une crispation devant la réalité économique qui s’obstinait à décevoir les espérances, en dépit des aides publiques apportées au projet, alourdissant le coût de sa mise en œuvre, sans pouvoir revenir sur les investissements.

Éolien et solaire : 3 % de l’énergie mondiale, un objectif 2050 hors d’atteinte

Il y a une cinquantaine d’années, au moment de la crise du coût de l’énergie, mais aussi parce que l’on croyait alors à la théorie de la raréfaction des ressources pétrolières et gazières, nous avons déjà démonté ces théories dans des spots précédents, les puissances européennes s’étaient lancées dans le projet d’un renouvelable devant donner pleine satisfaction en 2050. Aujourd’hui, l’éolien et le solaire représentent environ 3% de l’énergie primaire mondiale. Si, en cinquante ans, on est parvenu à ce niveau, il est illusoire de croire que l’on atteindra 100 % d’ici 2050. Cela ne correspond tout simplement pas à la réalité.

Intermittence et coût réel des renouvelables : pourquoi les factures augmentent

Parlons un peu technique. Certes, le coût de production de l’électricité renouvelable n’est pas très élevé, puisque le vent et le soleil ne coûtent rien. En revanche, en raison de l’intermittence et de la variabilité de ces sources d’énergie, les conséquences sur le réseau électrique sont considérables : ainsi, l’offre ne pouvant suivre la demande, on a assisté à une augmentation des factures. En conséquence, les énergies renouvelables finissent par augmenter le prix de l’électricité, contrairement à ce que l’on en attendait, et abstraction faite des choix économiques induits dans la guerre en Ukraine, qui ne font qu’alourdir encore les coûts, mais c’est une autre question qui nous éloigne de ce qui est ici l’essentiel.

Chevron, ExxonMobil : quand les actionnaires quittent les majors européennes

Doit-on continuer à investir dans l’éolien et le solaire, comme l’exigent les ONG relayées par les pouvoirs médiatico-politiques, ou bien faut-il s’en extraire ? BP et Shell se sont résignées à choisir la seconde option, ne serait-ce que parce que le fait d’y dépenser plus qu’elles n’y gagnent entraîne une méfiance des actionnaires internationaux qui délaissent ces entreprises européennes parce qu’ils peuvent gagner davantage ailleurs, en particulier auprès des deux autres majors, Chevron ou ExxonMobil.

Vers une remise à plat de la politique énergétique européenne

Certes, le poids idéologique qui pèse sur cette décision se reconnaît dans l’absence d’aucune ligne comptable permettant de chiffrer les pertes dans ce secteur. Mais il paraît évident que l’on s’achemine vers une remise à plat de notre politique énergétique, dictée par le réel, qui est la seule constellation que doivent suivre nos managers.

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