La flambée de l’or

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Une valeur stable depuis des siècles

Avec la crise qui s’installe et dont on ne peut prévoir la durée, on observe une flambée du cours de l’or physique. C’est une occasion d’en rappeler ici le principe.
Quand vous allez chez votre coiffeur, vous dépensez en gros la même chose, en parité de pouvoir d’achat, que ce que dépensait votre ancêtre gallo-romain. Parce que le service est le même, sa préciosité est identique : vous tenez à entretenir votre coiffure, plus rarement aujourd’hui votre barbe, et si le coiffeur ou le barbier peut se faire payer autant que votre ancêtre pour ce service, il ne pourrait pas en exiger plus.
Il en est de même pour l’or : il vaut ce qu’il vaut, pas ce que vous voulez qu’il vaille. Il monte ou il descend selon le contexte, mais précisément, quand il monte c’est uniquement parce qu’il est une valeur stable, qui défie les siècles et les millénaires, stable au milieu des tempêtes.

L’or ne rend pas riche

Ainsi ne ferez-vous jamais fortune avec votre or : ce qui peut rapporter le plus, c’est le produit à valeur ajoutée, et plus généralement c’est le produit dont le prix varie en fonction de votre estimation propre. Par exemple, il y a cent ans, vos grands-parents mettaient un prix à une paire de sabots de bois ; aujourd’hui, vous refuseriez d’y mettre un centime, en dépit du fait que sa fabrication a pris autant de travail à l’artisan. Tandis que l’or, c’est l’or. Rien de plus, mais rien de moins.
L’or ne vous rendra pas riche, précisément parce qu’il est stable, que sa valeur traverse les âges, elle est constante : elle connaît des fluctuations, comme aujourd’hui, mais des fluctuations limitées. Certes, aujourd’hui, sa rentabilité annuelle atteint deux chiffres ; mais généralement, le placement le plus rentable est plutôt celui qui s’accroche à une sorte de flux, un mouvement évolutif, créatif de richesse : on pense par exemple à l’action Nokia dans les années 90, dont la progression continue a duré une dizaine d’années.

L’or, une ressource intemporelle

Mais cette sorte de flux suit un mouvement complexe qui n’exclut pas les mauvaises surprises. Quel investisseur aurait pu prévoir qu’acquérir une action chez Eurotunnel serait un mauvais placement ? C’est qu’il n’y avait pas que le tunnel, il y avait aussi une gestion et d’autres impondérables. Tandis que l’or – je parle de la matière, pas de la mine d’or – ne connaît pas de gestion, ni d’impondérable : depuis Adam et Eve, l’or, c’est l’or. On peut dire que même le pétrole, qui aujourd’hui est la reine des ressources, même le pétrole un jour perdra sa valeur, quand nous serons sortis de l’âge du plastique et quand nos ressources énergétiques auront changé avec notre évolution technologique. Mais l’or sera toujours l’or.
Alors bien sûr, dans des périodes d’incertitude comme la nôtre où, au milieu de l’été 2020, nous ne pouvons prévoir jusqu’où nous conduira la crise, l’or est un refuge qui nous assure que, s’il ne nous rendra pas riche, parce qu’il est stable, il nous empêchera de devenir pauvre, parce qu’il est stable. Bien sûr, il y a des ressources encore plus intemporelles, parce que vitales, comme l’eau potable. Mais à moins de vivre près des montagnes, l’eau doit généralement être traitée pour être consommée ; tandis que l’or… ai-je besoin de le répéter…